Rencontre avec Grimme

Décidemment, c’est la saison des interviews. Aujourd’hui, je vais vous parler de Grimme, un artiste originaire de Lyon dont le premier album , « The world is all wrong but it’s all right »,  vient de sortir, et qui a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Victor, peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Victor, je suis de Lyon et je joue sur scène sous le nom de Grimme. Je fais de la musique depuis 15 ans, j’ai eu plusieurs groupes, et depuis 2013 je chante sous le nom de Grimme. Je fais de la pop folk et je fais tout tout seul : mes disques, mes arrangements, mes compos, etc…  Néanmoins je travaille avec un auteur anglais sur Grimme, Rich Dickinson : il fait les textes et moi la musique. On travaille ensemble car il faut que j’ai l’impression que les textes sont les miens. Il a écrit tous les textes de l’album, sauf 2 qui ont été écrits par une amie qui s’appelle Emilie Gassin, qui vient d’Australie. Maintenant je suis entre Paris et Lyon et à côté de Grimme, je fais de la musique pour d’autres gens, je compose, j’arrange, etc..

Comment qualifierais-tu ta musique ?

Je dirais que c’est un mélange de pop et de folk. C’est très influencé folk au niveau de la composition, des mélodies et des harmonies, mais c’est arrangé comme de la pop. J’attache beaucoup d’importance aux mélodies, mais également à l’arrangement, pour mettre en valeur l’orchestration.

Ton premier album « The world is all wrong but it’s all right” est sorti vendredi dernier, comment l’as-tu abordé ?

Je n’avais pas prévu de faire un album à la base, mais depuis quelques mois je suis papa et ça a été une révolution pour moi, beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais. Révolution à tous les niveaux : physique, psychologique, mental, etc…  Ça m’a permis de me recentrer sur moi-même, de me reconnecter avec mes émotions, savoir ce que je voulais faire, ce que je ne voulais plus faire ou pas faire, ce qui était important, ce qui ne l’était pas, etc… Je l’ai un peu vécu comme une sorte de deuxième crise d’adolescence,  sauf que comme j’ai 15 ans de plus, je peux prendre un peu de hauteur par rapport à ça, le canaliser et en faire quelque chose de constructif. Et en fait l’album a coulé tout seul suite à la naissance de mon fils : il n’était pas né depuis 2 jours qu’à la maternité j’avais déjà l’ordinateur sur les genoux et je commençais à composer les premières bribes. Cet album a été fait très rapidement et il parle vraiment d’un moment précis de ma vie, que j’avais besoin de graver, autour de la naissance, de la transition. Ça ne parle pas que de la naissance de mon fils, mais ça parle de moi, en fait, de la transition, de ma place dans le monde, de mon fils aussi, de ce que je veux faire, du monde qui m’entoure, de la manière dont je l’appréhende, de la manière dont je le vis, etc…

D’où vient le titre de l’album, « The world is all wrong but it’s all right” ?

C’est le nom de la première chanson qui ouvre le disque et qui donne un peu la thématique de l’album. C’est-à-dire que, en gros, le monde est ce qu’il est, avec tout ce qu’il a de plus noir et de plus gris, et si on ne prête pas gare, on se laisse happer et manger par lui. Alors que si on pousse le regard un peu plus loin, qu’on prend du recul sur soi, sur les choses, on se rend compte que les choses ne vont pas si mal, qu’on fait aller et que ça roule, quoi. Et moi il a fallu la naissance de mon fils pour sortir la tête du guidon et me rendre compte du beau. Donc en gros : le monde est un peu taré mais on fait aller.

Et le nom de Grimme ?

Tout ce que je fais en terme de création artistique, parce que je ne suis pas que musicien, je fais aussi de l’art plastique, est très empreint de l’imaginaire, de l’enfance, des souvenirs, de la mélancolie. C’est un peu inconscient, mais ce sont des thèmes qui m’ont beaucoup marqué et qui se ressentent dans tout ce que je fais. Je voulais donc un clin d’œil au monde du rêve, de l’enfance, le nom Grimme avec 2 « m « vient des frères Grimm. Et le « e « vient du verbe grimer. Je pars du principe que le monde peut être ce que l’on en fait, et moi je préfère rêver mon monde que le subir. L’idée c’est donc grime ton monde, par ton imaginaire, par tes rêves.

Est-ce que tu joues habituellement seul ou accompagné ? Sur l’album ou sur scène ?

Sur scène en ce moment on tourne à 2, avec guitare, contrebasse, harmonium et synthé, et on alterne les instruments. Sur le disque j’ai fait toutes les maquettes et les arrangements seul, tous les instruments, puis j’ai transformé mon appart pour enregistrer chez moi. J’ai pris une semaine où j’ai invité mes amis à venir jouer : un ami est venu faire les pianos sur deux morceaux, un autre est venu jouer de la contrebasse, un autre est venu faire les solos de trompette, etc..  J’avais préparé toute la base seul et puis j’ai enlevé certaines pistes et je les ai remplacées par les nouvelles. Mais le gros du travail c’est quand même moi qui l’ai fait seul.

J’ai vu une captation live enregistrée à Bizarre! à Vénissieux, il me semble qu’il y avait pas mal d’instruments ?

Ça c’est un live un peu particulier, il n’y en a eu qu’un comme ça. J’ai eu la possibilité d’interpréter tout mon album avec une harmonie de 35 cuivres. Un arrangeur a adapté mes arrangements pour l’harmonie de cuivres et on a fait le concert à 40 sur scène. Car maintenant je tourne à 2 pour des raisons économiques et de simplicité de tournée mais à l’époque j’avais une formule à 5. C’était vraiment cool, j’espère pouvoir le refaire.

Je crois que tu as également composé pour d’autres artistes ?

Effectivement, j’ai composé et surtout fait des arrangements pour d’autres artistes. J’ai écrit par exemple 2 chansons pour Pomme, qui est lyonnaise aussi.  J’ai aussi fait des arrangements et des réalisations d’albums, notamment le premier album d’un de mes amis lyonnais qui s’appelle Laurent Lamarca, et le dernier album d’un autre ami de Nancy qui s’appelle Eddy la Gooyatsch.

Quelle différence de travail vois-tu par rapport à tes propres chansons ?

Alors c’est pareil et très différent en même temps. Il y a des gens dont c’est le métier d’écrire des chansons pour les autres : ils savent percevoir l’identité de quelqu’un, et ils savent adapter leur savoir-faire à la personne. Moi, ça je ne sais pas faire. Je ne considère pas que composer pour les autres soit mon métier, ce n’est pas là où je suis le meilleur. Moi j’écris des chansons et je ne me pose pas la question de savoir si elles sont pour moi ou pour d’autres. Et quand j’ai l’opportunité, de temps en temps, de donner une chanson à quelqu’un, je la saisis, si je trouve le projet intéressant. Mais je ne me mets pas dans la peau d’une personne pour lui écrire une chanson, je ne suis pas forcément très à l’aise avec ça.

Mais c’est également très différent dans la mesure où, après avoir écrit ta chanson, tu la cèdes, elle ne t’appartient plus. L’artiste en fait quelque chose que tu ne contrôles pas du tout, donc tu peux aimer comme tu peux détester. J’ai écrit des chansons qui m’ont complètement échappé, parfois j’ai presque regretté, et parfois au contraire ils l’ont emmené dans des endroits beaucoup mieux que ce que j’aurais pu imaginer. De ce point de vue-là  c’est très différent de quand tu travailles ton projet artistique, dans lequel tu contrôles totalement le message. Là il y a un moment où tu ne contrôles pas du tout. Et après, dans la création en soi, par contre, c’est la même chose : écrire une chanson c’est écrire une chanson.

Quand tu écris pour quelqu’un d’autre, est-ce que c’est toi qui proposes aux gens que tu aimes bien ? Ou c’est plutôt eux qui te demandent ?

Les quelques fois où ça m’est arrivé, on est venu me chercher. Je ne suis pas très bon pour créer l’événement. On m’appelle en disant : voilà, on cherche tel type de chanson, est-ce que tu as ça en magasin ? Mais il y a beaucoup d’artistes qui demandent à plein de gens et ensuite ils trient celles qu’ils aiment et celles qu’ils n’aiment pas, il y a un peu une sorte de loterie.  Au final, des chansons qui ont fini sur des disques j’en ai quelques-unes mais pas tant que ça. Par contre j’ai fait plein d’essais qui n’ont pas forcément abouti. Mais entre le moment où tu écris ta chanson et le moment où elle sort sur un disque qui n’est pas le tien, il y a 15 étapes, ça peut prendre 2 ans.

Y a-t-il un musicien ou un groupe avec qui tu aimerais jouer, dans tes rêves les plus fous ?

Il y en a plein, forcément. Il y en a plein qui sont morts ou trop vieux et d’autres qui sont complètement inaccessibles pour moi, mais je suis très fan de Beck, ou de Eels, par exemple. Je suis très fan de Bob Dylan, mais quand il avait 20 ans, donc c’est un peu tard maintenant. Le Bob Dylan actuel c’est moins mon truc. Ou Radiohead, j’adorerais faire quelque chose avec eux. Après on est dans le fantasme total, là.

J’ai lu que tu avais participé à la création de l’association AADN qui promeut les arts numériques, notamment visuels. Est-ce que cela se ressent sur ton travail actuel ?

Toutes tes influences et tout ton parcours se ressentent forcément dans ce que tu fais aujourd’hui. Mais quand tu écoutes ou tu vois ce que je fais, tu ne te dis pas : « Ah, le mec vient du numérique ».  On a monté AADN avec quelques amis à la friche RVI en 2004, et parfois je mets de la vidéo dans mes clips ou mes live. J’utilise  des choses que j’ai apprises par le biais de l’AADN et par le biais des gens que j’ai rencontrés en travaillant dans cette asso mais aujourd’hui je ne suis plus du tout investi dedans comme j’ai pu l’être il y a 10 ans.

En revanche, je travaille encore avec AADN sur un projet, qui s’appelle « Les Hommes debout », avec Pierre Amoudruz et Valentin Durif. On l’a créé en 2009 Place du Pont à Lyon et ensuite il a tourné dans pas mal d’endroits (en Chine, en Roumanie, à Bruxelles, etc..). Et ça continue, on part à Lunéville la semaine prochaine.

Et pour le live, il n’y a pas de projets de faire quelque chose de visuel ?

En fait je l’ai déjà fait. En ce moment je ne le sors pas, parce que je suis sur une configuration à 2, plus intimiste, mais le live vidéo existe, avec du mapping sur 3 écrans, etc..  et en ce moment je ne le sors pas, parce que j’aime bien que les concerts soient différents, j’ai cette volonté de raconter l’histoire de l’album et de faire quelque chose de plus frontal, plus chaud et humain. Parce que la vidéo c’est grandiose mais en même temps ça crée de la distance entre les musiciens et le public, et en ce moment je n’ai pas envie de ça.

Tu es originaire de Lyon, mais tu n’y habites plus, c’est bien ça ? Est-ce qu’il y a un endroit que tu conseilles à Lyon ?

Je suis entre Paris et Lyon. Un endroit que je conseille à Lyon ? Il y en a plein. Pour manger, je conseille une pizzeria qui s’appelle Chez Nicolo et Franco rue Franklin. Sinon il y a le Look Bar. C’est des endroits où je sortais beaucoup à l’époque. Il y a un autre bar que je conseille, j’y ai passé toute ma jeunesse, c’est un bar qui s’appelle le Melting Pub, dans le Vieux Lyon, juste à côté de la pharmacie. Ça ouvre à minuit et ça ferme à 7h du matin, c’est un bar où ils font que de la bière et du vin. Abdou, le patron, passe des disques des Doors  et du vieux blues et tu bois tes pichets de bière. Il y a une tête de daim accrochée au mur, tout en bois, c’est assez rigolo.

Le mot de la fin ?

Je vais pas être très original, mais j’espère qu’on se croisera bientôt sur une date en tournée, parce que c’est là que tout prend son sens

Grimme sera en concert à Lyon :
– le vendredi 31 mars au Toï Toï pour la release party de l’album en compagnie de Loga et Mike Noegraf
– le 13 mai aux Bons Sauvages à la Mulatière

Plus d’infos sur la page facebook de Grimme.

Merci à Victor de Grimme et à Vibrations sur le fil pour avoir permis cette rencontre.

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