Grave, quand le film de genre s’expose

Il y a quelques semaines, j’ai été invité par le Comoedia pour l’avant-première du film Grave, le premier long métrage de la réalisatrice Julia Ducournau qui sort aujourd’hui.

Retour sur un film qui a déjà bien buzzé lors de ses passages en festivals (Cannes, Toronto, Gérardmer, etc…) et qui j’espère va bien fonctionner en France.

Le pitch

De parents vétérinaires et végétariens, Justine, également végétarienne, entre à l’école vétérinaire où sa sœur ainée est déjà étudiante. A l’occasion de son bizutage, Justine va manger de la viande et découvrir qu’elle aime ça et qu’elle ne peut plus s’en passer, révélant ainsi une nature cannibale.

 

Mon avis

Vous l’aurez peut-être compris en lisant le pitch ou en regardant la bande annonce, on est ici clairement dans un film de genre assumé (voire d’horreur, même si la réalisatrice s’en défend). Je ne suis pas un spécialiste de la discipline, ni un grand amateur pour être honnête, mais j’avoue que j’ai été bluffé par ce film vraiment bien réalisé (on est très loin de la série Z).

On est rapidement placé dans une ambiance anxiogène, grâce à une courte scène d’intro en forme de flash forward, mais surtout grâce à un long plan séquence d’une fête de rentrée étudiante. Puis peu à peu, une ambiance animale va s’installer et ne plus quitter le film. Evidemment, le choix de l’école vétérinaire n’est pas anodin pour souligner la dualité humanité / animalité, aussi bien à travers les animaux de l’école que les acteurs qui se métamorphosent.

Il faut bien avouer que quelques scènes pourront en déranger certains (j’avoue avoir fait la moue moi-même à certains moments), mais on est dans un film d’horreur, donc on s’y attend, non ?

Les acteurs sont également très bons. Le rôle de Justine est joué par Garance Marillier, que la réalisatrice a su pousser dans ses retranchements (elles avaient déjà collaboré sur un court-métrage et un téléfilm de Julia Ducournau) en faisant justement ressortir son animalité. Ce côté bestial est également mis en avant chez Rabah Nait Oufella (vu dans Entre les murs de Laurent Cantet ou Bande de filles de Céline Sciamma) dans le rôle du coloc gay, confident et aimant / amant de Justine.

Rencontre avec Julia Ducourreau

Mais le moment fort de cette avant-première au Comoedia, c’était la rencontre avec Julia Ducournau. Elle nous a expliqué, d’abord en petit comité, puis avec le public après la projection, comment elle a travaillé et je buvais littéralement ses paroles tant elle est à l’aise dans ses explications.

Elle nous a par exemple expliqué sa façon de manipuler le spectateur en insistant sur le bizutage : comment ne pas se lier à cette frêle jeune fille humiliée par ses ainés. C’est cette empathie qui crée le lien entre acteurs et spectateurs et nous confronte crument à la réalité, nous fait souffrir quand Justine souffre, nous fait la plaindre malgré l’horreur de ses gestes.

Elle a également détaillé le travail technique colossal réalisé pour arriver à cette distanciation, sur le son par le compositeur Jim William par exemple, ou encore le traitement de lumière des différentes scènes : lumière réaliste pour les scènes de cannibalisme ou avec un twist (ex lumière rouge) pour les scènes de la vie courante. Rien n’est visiblement laissé au hasard, que ce soit le format cinémascope digne d’un western, ou le jeu sur les profondeurs de champ ou bien encore la direction des acteurs et figurants (plus de 300 dans la scène de la fête).

Foncez !

Bref, vous l’aurez compris, je vous invite à courir voir ce film qui devrait faire date dans le genre.

Merci au Comoedia pour l’invitation.

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